La lecture de l’article de Romain Pigenel sur Variae laisse perplexe.
“L’argent qui choque“, vaste question.
En bon social-démocrate, il défend le droit à l’enrichissement, enrichissement absolu s’il le faut.
Encore une suite du traumatisme de l’affaire DSK.
Bien entendu, il a raison, l’entrepreneur qui réussit mieux que son concurrent, en vendant 1000 là où l’autre ne vend que 10, doit gagner cent fois plus. Le commerce est ainsi fait.
Mais le problème à mes yeux, et le malaise qu’il induit, est que la fortune de DSK (ou plutôt Sinclair), est un héritage. Bien sûr, ce n’est pas de l’argent mal acquis ; bien sûr ils ne sont pas fautifs d’avoir hérité. Mais à ce compte, les nobles étaient-ils fautifs de leur privilèges héréditaires ? Le malaise vient de là . Ne faut-il pas s’indigner de ces fortunes anormales ? Fallait-il faire une révolution pour en arriver là ?
N’y a-t-il pas une “oligarchie” qui se reconstitue, avec ses lieux privilégiés (comme “Le Siècle”), au même rythme qu’un nouveau Tiers Etat apparaît, avec ses lieux spécifiques, Restos du cÅ“ur, Hard discount et autres ? La misère face à l’outrance.
Romain Pigenel est un malin : pour défendre cette nouvelle caste des plus que riches, devenue héréditaire (Dassault, Lagardère ou Bettencourt en sont de bon exemples), il l’amalgame à la classe moyenne, ce brave bourgeois qui sans avoir des fins de mois difficiles doit surveiller son budget. Ce chef d’entreprise qui réussit mais peut aussi s’effondrer, ce médecin qui enchaîne les actes pour sauver son petit train de vie.
Il compare un repas de qualité aux millions de dollars consacrés au confort d’un seul… Une pirouette facile : “Parce qu’après tout, quand on voit l’activité des Restos du CÅ“ur et des soupes populaires exploser, on se dit qu’il y a un risque que les restaurants fréquentés par mes camarades Hamon, Montebourg et Valls paraissent « indécents » aux yeux d’un certain nombre de Français”.
Le problème n’est pas là . Il ne s’agit pas de prendre des mesures extrêmes, ni de préparer le Grand Soir. L’enrichissement est recherché par tous, dans un certaine mesure. Le malaise n’est pas là .
Le malaise que provoque la fortune de DSK traduit une autre réalité.
Cette fortune n’est pas celle d’une bourgeoisie laborieuse, dont la prospérité reflète celle de sa nation, elle représente l’absence d’imposition régulatrice, la spéculation et le capitalisme financier, le symbole d’un système perverti et sans contrôle, où l’argent se nourrit de lui-même, sans aucunes frontières. Elle représente le système boursier où seul l’argent est une valeur morale, elle met sous les yeux de tous la différence de condition entre le peuple qui peine et l’élite qui jouit.
Quand Dominique Strauss-Kahn épinglait Hervé Gaymard, jugeant qu’il était indécent pour un ministre d’avoir un logement de fonction dont le loyer mensuel valait 10 fois le Smic, il ne faisait part que d’une “indignation morale”, la même que celle que ses moyens d’aujourd’hui provoquent. Non, DSK n’est pas “coupable” d’être plus que riche, il n’est qu’une”victime” du système qui le permet…Un système qu’il défend dans ses grandes lignes, jusqu’à preuve du contraire.
Jean-Luc Mélenchon explique très bien ce que la social-démocratie, la politique du compromis, peut représenter, et comment l’intérêt général est confisqué au profit de l’intérêt de quelques uns, il est à écouter sur Intox2007.

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