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Chasse, droite et collusion: l’alliance démagogique.
Par Sarkonique le 20 novembre 2008

Il y a beau temps que la droite s’est alliée sans vergogne aux chasseurs. Constitués en lobby très organisé, les amoureux de la gachette sont allés jusqu’à fonder un mouvement politique, “Chasse, pêche et tradition” dont le dernier terme révèle clairement leur point d’ancrage dans un conservatisme forcené, opposé aux lumières du progrès moral, voire intellectuel.

Les chasseurs sont une minorité en France, si l’on compare le cas de notre pays à celui de la Finlande, par exemple, où presque tout le monde, du fait d’un habitat généralement dispersé dans une nature giboyeuse, possède un fusil et “jouit” d’un droit de tuer censé remédier à une éventuelle difficulté de ravitaillement en cas d’hiver rigoureux. Aucun scandale, là-bas: le consensus existe sur la nécessité de gérer la nature avec un esprit écologique qui relève du simple bon sens. Mais, dans l’hexagone, il apparaît que les porteurs de fusil sont si esseulés dans une population majoritairement hostile aux massacres saisonniers dont retentissent nos campagnes et forêts, qu’ils ont précocement élaboré une stratégie de pression sur le jeu démocratique qui consiste à se gagner habilement la complicité de politiciens intéressés par leurs suffrages. Bel exemple de démagogues, en effet, ces hommes et ces femmes qui, contraints et forcés par l’intrusion salutaire des écologistes dans la Cité et soumis à la question par un certain Nicolas Hulot pendant la campagne présidentielle, se sont engagés à un “Grenelle de l’environnement” mais n’en cèdent pas moins à tous les chantages de ces terroristes anti-écolos que sont les chasseurs. Et ce, au point de se mettre eux-mêmes, élus d’un peuple très éclectique, hors la loi!

Les premiers à braver la loi sont les préfets. Ces messieurs-dames qui brillent d’un zèle sans faille lorsqu’il s’agit d’expulser les sans-papiers, ignorent sans complexe les textes officiels destinés à assurer la protection d’espèces menacées d’extinction dans le seul but de complaire aux viandards. Régulièrement, les associations de protection animale (1) portent plainte contre l’Etat auprès des tribunaux administratifs pour non respect des textes concernés. La routine! Depuis longtemps, en effet, sont régulièrement déclarées “nuisibles” par arrêté préfectoral, dans de nombreux départements, des espèces protégées. Les mustélidés notamment (fouines, belettes, putois, martres…) font les frais de cette malhonnêteté des serviteurs de l’Etat, simplement parce qu’ils ont le tort, à titre de prédateurs, de faire ombrage par leur concurrence aux chasseurs. C’est ainsi que les tribunaux de Clermont-Ferrand et de Nantes, pour ne citer qu’eux, ont cette année annulé le classement de ces animaux en “nuisibles”. Ces petites bêtes payent malgré tout un lourd tribut à la chasse en étant piégés souvent de façon fort cruelle. Mais les victimes sont aussi les renards, les corbeaux freux, les corneilles noires, les pies bavardes, les pigeons ramiers, les étourneaux sansonnets et… les fameuses palombes qui traversent le Médoc, dont la survie est pourtant reconnue compromise. La loi est donc bafouée d’un trait de plume par des préfets complaisants.

On atteint le comble de l’idiotie, ne serait-ce qu’au sens premier du terme, quand on sait, par exemple, que la France est le dernier pays d’Europe à autoriser la chasse au grand tétras lyre. Bien qu’il s’agisse d’une espèce protégée, des “prélèvements” sont tolérés dans une population au seuil de l’extinction! Il est vrai que la France est le pays de la logique…

C’est ainsi que le nombre d’arrêtés préfectoraux “cassés” est devenu une constante que la présence de la droite au pouvoir dope. En effet, dans ces cas, un préfet ne risque rien, aucune sanction n’est prise à son encontre. Car, pendant que les tribunaux statuent, les chasseurs tuent. Une fois annulé l’arrêté coupable, les vies ne sont pas ressuscitées. Aucun préjudice n’est reconnu. C’est pour cette raison qu’une association comme l’Aspas, par exemple, a changé son fusil d’épaule et demande systématiquement à l’Etat des indemnités lorsqu’elle porte plainte. L’Etat français a ainsi dû verser au titre d’arrêtés préfectoraux illégaux pris en 2003 dans la Haute-Saône, les Deux-Sèvres et l’Indre-et-Loire, près de 10 000 euros. Faut-il préciser que cet argent est pris dans la poche des contribuables?

La notion même de “nuisibles” a-t-elle un sens? La nature ne produit rien qui soit nuisible à la chaîne alimentaire. Méfiantes vis à vis du vent écologiste qui tourne contre elles, les fédérations de chasse tentent donc un semblant de justification scientifique et exhibent des rapports faussement objectifs qui reposent sur une ambiguïté soigneusement entretenue. Nous en reparlerons plus loin.

La mauvaise foi d’un pouvoir qui se dissimule avec peine derrière un Grenelle d’opérette est mise en évidence à travers deux faits. D’abord, le fait que la France, exception cynégétique au sein de l’Europe, est le seul pays où l’on risque de se faire tuer dès qu’on fait un pas hors des parcs naturels citadins. Se promener un dimanche dans les bois relève aujourd’hui de l’inconscience! Grâce à Mme Bachelot , ex-ministre de l’environnement, la chasse chez nous a lieu n’importe quel jour de la semaine. Un jour d’arrêt est laissé à la discrétion des chasseurs, afin que le gibier ait un maigre jour de paix. Le résultat est que les accidents se multiplient, les vététistes font les frais des balles perdues, les promeneurs entendent siffler les balles au-dessus de leur tête comme un engagement à déguerpir. Les animaux de compagnie ne sont pas les bienvenus. Certains chasseurs vont aux abords des villages “tirer le chat”, réputé tuer les lapereaux. Les braconniers jouissent d’une telle impunité qu’ils s’affichent fièrement à la une des journaux locaux. Des magazines de chasse s’enhardissent à publier la recette du civet de hérisson (espèce dite protégée).

Ce qui n’empêche pas les héros de la pétoire de se prétendre les vrais gestionnaires de la nature. Il suffit de traverser un bois (à ses risques et périls) durant la période de chasse (la plus longue d’Europe): l’absence de prédateurs naturels explique la prolifération de lapins écrasés sur les routes, où l’on croise également une quantité impressionnante de faisans d’élevage qui, lâchés dans la nature, n’ont même pas peur des automobiles. Ainsi s’effondre le mythe du chasseur “seul vrai écolo”. Les chasseurs règnent et font leur loi, s’appropriant les espaces naturels.

L’autre fait est plus récent. Il s’agit d’une table ronde voulue par M. Barnier, ministre de l’Agriculture, pour chercher des accords avec les associations de protection des animaux. Celles-ci ont été triées sur le volet. La LPO y participait, pas l’Aspas, trop dérangeante: c’est elle qui obtient le plus de résultats dans la lutte contre les arrêts préfectoraux illégaux! Grâce à la LPO, l’Aspas a pu être présente en la personne de P. Athanze, par ailleurs animateur du Groupe Tétras France. Premier constat: les engagements de juillet sur la protection de la martre et de la belette ont été éliminés, malgré un accord verbal préalable, de l’accord final. Belle façon de procéder! Méthode sarkozienne: on promet puis on passe à la trappe. L’espèce la plus menacée, le coq de bruyère (ou grand tétras) a été réclamée à cors et à cris par les fédérations de chasseurs, soutenues par un président juge et partie, M.Bignon, choisi par M.Barnier lui-même! Les pourparlers sur les mustélidés ont été reniés grâce à un coup de force des fédérations de chasse et des associations de piégeurs. Enfin, l’ONCFS (2), en la personne de son représentant, a apporté un appui sans faille aux chasseurs à travers des déclarations d’allure scientifique. En voici un exemple: “La martre et la belette ont un régime alimentaire constitué en grande partie de rongeurs. La part des espèces-gibiers dans leur régime alimentaire est généralement faible et les attaques sur animaux d’élevage semblent plutôt rares ou localisées. Cependant, le pourcentage d’une proie dans le régime alimentaire d’un prédateur n’indique en rien l’impact potentiel de ce prédateur sur la dynamique de la population de la proie.” (Extrait du document de séance rédigé par l’ONCFS.) Comprenez, à travers cette exécrable rhétorique, que “ces animaux ne consomment que très peu de volaille, pas plus d’espèce gibier, mais qu’ils sont tout de même dangereux pour ces espèces“! (Compte-rendu de l’Aspas dans son magazine Goupil n°95). Bref, une mascarade de plus au bénéfice d’une frange de l’électorat parmi les plus chouchoutés par la droite.

A y regarder de plus près, l’appropriation lente et sûre des espaces de récréation dominicale par les abatteurs de gibier coïncide avec une philosophie tout à fait représentative de la droite. Au lieu de vous promener dans la nature, bande de badauds, allez donc consommer dans les centres commerciaux: ne sont-ils pas ouverts le dimanche? Les chasseurs servent au fond de rabatteurs de bétail citadin. Ironie: dans ces temples du consumérisme, les “couillons de la ville” trouveront de plus en plus de produits dits “écologiques”, Grenelle oblige! Y compris pour ces “animaux de compagnie” que la loi s’apprête à transformer en objets, vendus en animalerie. Les “sauvages”, eux, sont abandonnés sans merci à ce jeu sadique que l’on appelle la chasse.

Bonne question: peut-on imaginer un seul instant un mouvement de chasseurs qui se positionne à gauche?

(1) entre autres le ROC (Rassemblement des Opposants à la Chasse), l’ASPAS (Association de Protection des Animaux Sauvages), la SPA bien connue, la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux)…

(2)Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, institution d’Etat qui se veut scientifique et non partisane!

2 commentaires sur “Chasse, droite et collusion: l’alliance démagogique.”
  1. ElectricEye dit :

    Hum….Les chasseurs sont 1 400 000 en France, alors qu’en Finlande, ils sont 300 000 (http://univers-nature.com/divers/chasse_europe.html). Une erreur de ta part ?

  2. sarkonique dit :

    A population différente, pourcentage différent. A pays différent, lois différentes. Là-bas, une dérogation est accordée à quiconque, en habitat isolé, n’a que son fusil pour se nourrir. Ce qui n’empêche que la chasse y est strictement encadrée. Aucun rapport avec l’incivisme des chasseurs français. Aucun rapport avec la complaisance minable des pouvoirs publics français, tenus par des démagogues en quête de clientélisme.

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