Les rumeurs, les mensonges, les injures.
Pour les injures, on peut toujours dire de quelqu'un qu'il est con, sans utiliser ce mot trivial, mais en utilisant des circonlocutions habiles qui reviennent au même. Au fond c'est pareil, même si la forme diffère. Mieux vaut parfois s'exprimer d'un juron, ça fait gagner du temps.
Pour les mensonges, les discours de certains hommes politiques en sont pleins, charge aux journalistes de les dénoncer, où qu'ils soient et d'où qu'ils viennent. C'est leur rôle, c'est même leur devoir.
Quant à la rumeur, elle est nécessaire, c'est un élément du flux de la pensée, comme le cloaca maxima était nécessaire pour nettoyer la Rome antique. Et puis certaines rumeurs se révèlent être des vérités cachées, qui apparaissent parfois au grand jour. Comment distinguer la "fausse" rumeur de la "vraie" ?
On interdit pas la rumeur, c'est impossible, on la subit ou on en joue. Censurez ce que vous voudrez, pour la tuer il faudrait censurer la parole. L'enfer est pavé de bonne intentions.
La rumeur n'est que l'expression spontanée d'une pensée libre, qui parfois prolifère comme un cancer dans ce grand égout des idées informes, non formatées, non utilisées.
Bien entendu on voudrait créer des mythes, des histoires édifiantes, cohérentes avec un système organisateur parfait, dans un monde bien propre.
Mais les pensées sont libres et sauvages, et peuvent semer l'anarchie dans l'ordre établi et le scénario que la société écrit lentement, en modelant les idées, en en faisant disparaître certaines pour mieux mettre en valeurs les autres. La rumeur est alors une arme bien utile quand des gens de pouvoir l'utilisent. On l'appelle parfois storytelling, ça fait plus propre.
Mais de temps à autre surgit une rumeur autonome, comme une épidémie. Les conséquences peuvent alors être nulles, ou cruelles, parfois révolutionnaires. La raison peut l'emporter sur elle, ou être emportée par elle. La rumeur n'est ni bonne ni mauvaise par elle même, elle est juste imprévisible, et elle peut porter toute sorte de messages. Une rumeur n'est pas forcément un mensonge, comme une information n'est pas forcément une vérité.
Vous l'aurez compris, je me place dans la pensée de Noam Chomsky. Elle en vaut d'autres :
il est bon de rappeler l'article 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme :
"Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. "
Cette réflexion m'a été inspiré par différentes lectures, sur les blogs :
Chez Jean-Michel Aphatie et Guy Birenbaum, qui n'aiment pas les rumeurs et ceux qui les propagent, chez Peuples et Nouvel Hermès où on juge (en substance) que ceux qui s'érigent en gardiens du temple devraient commencer par nettoyer chez eux.
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