Tant bien que mal, on s'était fait à l'idée que les stagiaires, tout juste munis de leur droit à faire leurs preuves, allaient avoir désormais 12 heures de cours par semaine (contre 6-8 heures à présent) et donc, 6 heures de formation (au lieu de 12 maintenant).
On savait bien que ce serait encore plus difficile qu'avant, que sans doute, les démissions se ferait plus nombreuses, durant cette première année, avant même la titularisation définitive. 12 heures de cours, pour un prof de français au collège, c'est deux ou trois classes. Pour un prof de biologie, c'est six classes. Et pour un prof de musique, 12.
Les premières années, la somme de travail est énorme : les préparations sont un casse-tête, les corrections durent des plombes. Même avec 6 heures de cours, je me souviens que j'emmenais mon travail avec moi, à la maison, jusque au milieu de la nuit...Et la gestion de la classe est un enfer...
On s'était fait à l'idée, même si l'on ne s'en réjouissait pas, forts de constater que de toutes façons, toutes manifestations, toutes grèves se révélaient vaines, le mot d'ordre étant au "prof bashing" et à la réduction d'effectif général.
Mais nous n'avions rien compris.
Ce sera encore pire : les stagiaires donneront en fait 18 heures de cours par semaine.
Comment ? Quoi t-est-ce ? Pourquoi ce changement soudain ?
Simplement, par un petit arrangement : les stagiaires auront bien des sessions de formation, mais regroupées en une seule fois, sur quelques semaines, au mois de janvier ou février. Au final, si l'on "lisse" les heures, à l'année, cela équivaudra bien à 12 heures de cours par semaine, en moyenne...L'arnaque est là .
Les élèves verront leur professeur remplacé, peut-être plusieurs fois par an. Par qui, nous ne savons pas, puisque bien souvent le système de remplacement est saturé et qu'il faut avoir recours à des vacataires, étudiants à bac+3 qui ont encore moins de formation que les stagiaires...
Et puis surtout, les stagiaires commenceront l'année sans avoir de formation du tout. Quand on sait combien le début d'année est délicat et important pour la gestion de la classe... Cela signifie surtout qu'on suppose qu'il est possible d'être prof à temps plein sans être formé pour ça. Nous allons lentement mais sûrement vers une disparition complète de la formation professionnelle.
Ah...Mais suis-je bête, ce n'est que l'application du principe de diminution progressive de la qualité du service public prôné par l'OCDE...
Pour mémoire...
« [...] Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »
Centre de développement de l'OCDE, Cahier de politique économique n°13, OCDE 1996
CC
Chargement