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Le Photographe (réflexions sur l’Afghanistan)
Par Rimbus le 6 mars 2010

Le dessinateur Emmanuel Guibert a mis en images le témoignage de Didier Lefèvre (décédé en janvier 2007), un photographe qui a accompagné une équipe de Médecins Sans Frontière en Afghanistan, en 1986, alors que ce pays était en pleine guerre avec les Soviétiques.

"Le photographe" est une bande dessinée peu commune, où les photographies se mélangent au dessin, pour créer un véritable reportage. Au delà de la qualité graphique de l'ouvrage, dessin comme photographies, c'est une source d'information unique sur l'Afghanistan en guerre et sur la mentalité Afghane.
En 3 tomes (le tome 2 a reçu le prix France Info en 2005), il est accompagné d'un CD avec un film qui a été tourné pendant cette aventure par Juliette Fournot.

Alors  que l'Afghanistan est toujours en guerre, 25 ans après cette aventure, et que la France y est activement engagée, certains passages de cet ouvrage sont particulièrement troublants.
Les pages 64 et 65 du tome 2 éclairent sur le rôle des femmes Afghanes, leur conception du Tchadri (ou burqa), une question qui intervient dans l'actualité française actuellement :
(clic sur l'image pour la voir en grand)

Juliette Fournot, qui parle avec Didier Lefèvre, le photographe, est un des médecins de MSF et elle connaît l'Afghanistan depuis son adolescence.
"Elle est fausse, l'idée qu'on se fait chez nous de la vie conjugale en Afghanistan" est une des phrases les plus significatives de l'ouvrage.

... "de toute manière, on en fait un symbole exagéré et idiot de ce Chadri."

Une phrase prémonitoire, puisque 25 ans après cette question agite l'élite politique de la France, et qui résume bien ce qu'il faut en penser.

Ensuite elle raconte comment une amie à elle, dans le Kaboul des années 70, issue d'une famille riche et occidentalisée, avait acheté une burqa pour pouvoir rejoindre discrètement son petit copain...
En tant que femme médecin, elle connaît bien ces Afghanes, dans leur intimité, ce qui est impossible à tout homme. "On parle de tout, de la vie, des enfants et énormément de politique. Ce que j'apprends d'elles est vital, notamment quand elles sont dans l'entourage des responsables locaux, parcequ'elles ont une influence profonde sur eux. La femme Afghane c'est la gardienne des valeurs, la référence morale".

En octobre 2009 avait lieu à Zurich un débat sur l'Afghanistan dans lequel Juliette Fournot est intervenue (à lire intégralement sur le site Alter Info) :
Au cours des 25 dernières années, le pays n’a pas beaucoup changé et les images montrent l’Afghanistan rural des régions de montagne a déclaré Emmanuel Tronc, économiste et polito­logue, qui travaille depuis 1997 pour MSF. "Il existe un fossé profond entre la vie dans ces zones et celle à Kaboul, si bien que notre vision de ce pays est très partielle car les médias parlent surtout de la capitale".
Juliette Fournot a relevé le fait que depuis 30 ans, le pays ne connaît que la guerre, la violence et les souffrances et qu’actuellement toute une génération d’adultes n’a jamais vécu la paix. Elle a mis en garde contre des conceptions eurocentristes au nom des­quelles on cherche à imposer un modèle poli­tique. Que signifie «démocratie» dans la situation de l’Afghanistan? Que voulons-nous expliquer aux Afghans ?
Sur le site Contre info (mai 2009), elle donne son point de vue sur le conflit en cours. Elle souligne la dimension ethnique du conflit, l'implication du Pakistan dans celui-ci, confortant les points de vue développés sur ce blog depuis 2 ans :
Les Pachtounes, explique-t-elle, ont bâti une alliance avec les talibans pour rétablir le pouvoir pachtoune qui a été abattu durant l’invasion de 2001. La frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan est vue par les Pachtounes comme une démarcation qui a été dessinée par les pouvoirs impériaux au milieu de leurs terres tribales. Il y a 13 millions de Pachtounes en Afghanistan et 28 millions au Pakistan. Les Pachtounes combattent à Islamabad et à Kaboul les forces qu’ils estiment vouloir les priver d’autonomie et s’en prendre à leur honneur. Ils ne voient pas de différence entre les militaires pakistanais, les troupes américaines et l’armée afghane.
Elle conclue, avec ces paroles terribles :
« Si les Américains renforcent l’effort de guerre en Afghanistan, ils seront aspirés vers le Pakistan. Le Pakistan est une bombe à retardement. Il y a une énorme population de 170 millions de personnes. Il y a la force nucléaire. Le Pakistan est beaucoup plus dangereux que l’Afghanistan. La guerre a toujours sa propre logique. Une fois que vous avez mis le pied dans la guerre, vous ne la contrôlez pas. Elle vous entraine. Â»

Les anglophones pourront écouter les témoignages de J. Fournot et du dessinateur E. Guibert au cours d'une interview du Rachel Maddow Show sur MSNBC le 22 mai 2009 :



MSF a quitté l’Afghanistan en Juin 2004 après l’assassinat brutal de 5 de son staff dans la province de Badghis. A ce moment là, beaucoup pensaient que l’Afghanistan était en bonne voie de récupération grâce à un investissement majeur international dans l’aide au développement. Aujourd’hui, cet espoir s’est réduit en fumée. Le besoin d’assistance médicale d’urgence est devenu une fois encore très élevé. Après cinq ans d’absence dans le pays, MSF a repris ses activités en Afghanistan en octobre 2009.
Une sélection de photographies (dont celle de Lefèvre) sont visible ici, elle recouvre 25 ans de missions de MSF en Afghanistan.


Sur les blogs aujourd'hui, j'ai noté :
Jean-François Khan qui s'interroge sur la crise financière, Birenbaum qui s'explique son nouveau blog, Nicolas qui étudie le classement Wikio, Le Coucou qui défend la liberté d'expression et Homer qui nous montre les Simpson pour de vrai !
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