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Les aventures de Nanard, épisode II: l’attaque des clowns
Posté par Timbur le 20 septembre 2008

 C’est définitif. "Nanard" est à la conscience ce que l’étiquette est au caleçon : on n’y pense même pas, au début. Puis, à force, cela irrite. Et au bout du compte, c’est à la limite de l’insupportable.

Allez, soyons honnêtes : au début, on l’aimait bien, le Gonflé Renard. Sous ses airs de gangster sympathique, il a longtemps su entretenir l’image du bonhomme qui avait pour seul tort celui de s’être montré plus malin que le système.

Nanard, c’est un personnage. Le Bourvil du Corniaud. Le C3 PO de Han Solo. Il est l’âne de Shrek, coiffant Marianne de son seyant bonnet : il nous a fait rire un moment.

Mais c’est fini.

L’intermittent du spectacle a terminé son numéro le mercredi 10 septembre dernier face à un public dubitatif, la commission des finances de l’Assemblée. Un parterre d’élus censés être la représentation du peuple. Ce dernier devant s’acquitter du montant du cachet de "l’Artiste" et de sa troupe de saltimbanques liquidateurs (qui s’élève -pour rappel- à près de 400 millions d’euros intérêts compris), devra se contenter de retransmissions télévisées.

Ce n’est déjà pas si mal.

Parce qu’apparemment, le spectacle est à la hauteur. Il a duré près de 4 heures, et nul doute que les parlementaires en ont eu pour notre argent.

Imaginons le casting, tel qu’aurait pu le percevoir le principal intéressé :

Dans le rôle du Bon, le Futé Renard lui-même, bien sûr. Un Clint Eastwood en costume dont les larmes sentent la poudre.

La Brute ? On serait tenté de nommer François Bayrou, car le président du Modem persiste à dénoncer ouvertement une influence élyséenne dans la réécriture du scénario qui a donné à Nanard le rôle du jeune premier. Mais ce dernier jouant à fond le jeu du "seul contre tous" contribue à brouiller les cartes.

Le Truand ne peut être que Charles de Courson (Nouveau Centre), le représentant de l’Assemblée auprès de l’EPFR (actionnaire public du CDR), tant celui-ci dégaine vite.

Notamment les notes constituant preuve que le recours à un tribunal arbitral résulte d’une instruction émanant de Bercy, quand l’Indigné Grognard affirme avec assurance que "nulle part on ne peut voir la main du pouvoir dans la décision de faire l’arbitrage".

Car il est vrai que, comme il le souligne lui-même, "pour aller à l’arbitrage il faut être deux à le vouloir" .

On ne le lui a pas fait dire.

D’autant que, comme le souligne Patrick Jarreau du Monde, le président de la République comme la ministre de l’économie sont avocats de profession et n’auraient pas eu trop de difficultés à imaginer LA solution : celle qui offrirait au Fatigué Blafard la retraite dorée que lui ont refusée une succession d’énarques au pouvoir et une poignée de juges en cassation.

Rendons grâce aux médias télévisuels, qui nous ont fait l’heur d’insister sur les moments les plus dramatiques. On comprend mieux l’importance du préjudice moral, et l’on se rassure pour le Rusé Renard et son épouse : avec les "25 à 40 millions" qui lui resteraient, selon sa propre estimation (De Courson évoque une somme pouvant s’élever à 3 fois ce montant), il pourra s’établir une réserve de tubes de dentifrice suffisamment conséquente pour dérouter n’importe quel enquêteur à venir, de même qu’il pourra à son aise agrandir l’espace de ses "chiottes" (sic).

L’hygiène bucco-dentaire n’étant pas une préoccupation de premier ordre outre-tombe, guère plus que le transit d’un intestin disparu, je me suis contenté de calculer qu’avec 25 millions d’euros (limite basse,donc) il était possible de s’offrir un peu moins de 22183 cercueils en chêne pyrogravé.

On s’en fout,certes.

Alors relevons plutôt la remarque d’Arnaud Montebourg. Celui-ci, plus soucieux de relativiser dans les formes le préjudice revendiqué par le Choqué Bernard et décidément très à l’aise chez Denisot, a procédé à la comparaison avec l’indemnité de 40 000 euros perçue par la veuve d’un ouvrier victime de l’amiante. CQFD.

On le voit, les réactions et commentaires n’ont pas manqué.

De ci-de là, on voit apparaître de vaillants républicains voler au secours du Renfloué Renard, dénonçant avec force indignation les cris de vierges effarouchées qui n’ont pas fait tant de scandales quand blablabla…

Citons ainsi la vaillante tirade de madame Fadela Amara, brillante secrétaire d’Etat à la ville, qui s’insurge sur Canal+ contre un acharnement envers le Persécuté Nanard en raison de "son appartenance à la classe populaire". On dirait du Copé/collé. Encore un peu, et le Nanard en question fera de la lutte des classes le fer de lance de son retour politique.

N’oublions pas non plus l’inévitable Patrick Devedjian, selon qui ce n’est pas "le montant de l’indemnité qui pose problême, c’est la question de savoir si elle est dûe (…). Il me semble qu’elle est dûe(…).[Renard Flapi] a droit à la justice comme tout le monde" (propos tenus sur Radio J, rapportés par le Figaro).

Outre le fait que tout le monde n’a pas droit à la justice privée, il serait bon de signifier au secrétaire général de l’UMP que c’est précisément le montant de l’indemnité qui pose problême, du moins pour ceux qui la payent. De plus, au sujet des relations entre le Bernard Marri et le Présidennicolassarkozy, monsieur Devedjian "ne croit pas qu’il y ait des liens amicaux entre les deux hommes" , Nanard lui-même ne revendiquant une "amitié de très longue date" qu’avec…Brice Hortefeux. Hem.

Tiens donc? Ce n’était donc pas pour le "verre de l’amitié" qu’était invité le (très bien) Fréquenté Renard au palais de l’Elysée, le vendredi 12 septembre dernier, à l’heure où les enfants prennent leur goûter ? Ce n’était donc pas pour trinquer dans le bureau de François Pérol, secrétaire général adjoint chargé des affaires…Economiques ?

Cela lui a sans doute échappé. Comme cela a échappé, du reste et comme de raison, aux médias français dans leur ensemble, à l’exception d’une journaliste de Bakchich dont l’information a été confirmée par le magazine Challenges.

Quoiqu’il en soit, la commission des finances de l’Assemblée n’a pas fini de rire: cette bande de joyeux drilles s’est donnée rendez-vous le mardi 23 septembre prochain, toujours au sujet de la procédure d’arbitrage en faveur du Rusé Renard, pour y auditionner cette fois-ci la ministre de l’économie Christine Lagarde.

Dans le rôle de la veuve MacBain?


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