Les sites d’information “pure players” (société exerçant uniquement ses activités sur Internet) sont maintenant nombreux. Leur diversité mérite qu’on regarde leurs spécificités. On se reportera au débat d’@rrêt sur Images ci-dessus (émission de Guy Birenbaum “La Ligne J@une“, plus d’une heure, attention, c’est du lourd) dont ce billet s’inspire.
Etudions 4 sites d’info indépendants, et analysons leur différences.
Site de Daniel Schneidermann, lancé en 2007 suite à l’interruption de son émission de télévision sur France 5.
- Financement : basé sur abonnement (35 €/an), il réussit à proposer l’abonnement le plus économique, sans recours à la publicité ni aux subventions d’état. Propose des accès gratuits à ses anciennes émissions, ainsi qu’un fil de brèves et éditorial. En léger déficit après une année d’équilibre financier. 25000 abonnés. Coût annuel du site 750 000 €.
- Rédaction : 7 journalistes salariés
- Activités connexes : repris dans Marianne (2 pages), diffusion audiovisuelle sur la Freebox.
- Spécificité : analyse critique des médias, production audiovisuelle, mise en perspective de l’actualité.
- Convivialité : pas de blogs, mais des forums très ergonomiques et vivants. Grande transparence, consultation et dialogue avec les abonnés.
- Point fort : Décryptage des médias, débats audiovisuels et chroniques de grande qualité. Ergonomie générale très agréable. indépendance.
- Point faible : peu de scoops d’actualité et d’investigation de terrain.
Site de Pierre Haski (venant de Libération) lancé en 2007 .
Financement : accès gratuit, financé par la publicité (400 000 €) opérations de diversification (400 000 €). En déficit, mais sa progression lui permet d’espérer un équilibre en 2012. Bénéficie de subventions d’état. Coût annuel du site 1 million €.
- Rédaction : 15 journalistes salariés
- Activités connexes : formation, lance une version papier en juin, à gros tirage.
- Spécificité : Actualité très diversifiée, engagée, le site avec la plus forte audience.
- Convivialité : système de commentaires très ergonomique. Blogs chroniqueurs “invités”.
- Point fort : gratuité, richesse et diversité du contenu, liberté de ton, est bien adapté au web.
- Point faible : mériterait peut-être d’un peu plus de convivialité.
Site d’Edwy Plenel (venant du Monde), lancé il en 2008 ans
- Financement : basé sur l’abonnement uniquement (50 à 150 €/an), sans publicité, + opérations de diversification (apport mineur). Pas de vitrine gratuite. En déficit important, mais sa progression d’abonnement lui permet d’espérer un équilibre en 2012. Bénéficie de subventions d’état. 25 000 abonnés. Coût annuel du site 3 million €
- Rédaction : 25 journalistes chevronnés (principal coût de fonctionnement)
- Activités connexes : édition, produit une version papier trimestrielle
- Spécificité : Actualité politique, articles fouillés, style proche de la presse papier. Le site aux fonctionnement le plus cher, avec la meilleure équipe rédactionnelle.
- Convivialité : Hébergement de blogs pour les abonnés, avec sélection de la rédaction. Club des lecteurs, organisation régulière d’événements culturels.
- Point fort : journalisme d’investigation, rigueur, professionnalisme.
- Point faible : ne tire pas assez parti des techniques web (articles courts, multimédia).
Site de Nicolas Beau (venu du Canard Enchaîné en 2007), existe depuis 2006
- Financement : partiellement sur abonnement (2000 abonnés), et par la publicité (50 000 €) en recherche de diversification (journal hebdo). En déficit constant, compte se recentrer sur le papier au détriment du web, qui s’orientera sur la video (avec DSS). Bénéficie de subventions d’état. Coût annuel du site 1 million €.
- Rédaction : 12 journalistes salariés
- Activités connexes : version papier
- Spécificité : Traitement de l’actualité politique de manière polémique et satirique qui n’est pas sans rappeler “Le Canard Enchaîné”. Un des plus premiers sites pure player.
- Convivialité : faible, blogs chroniqueurs “invités”.
- Point fort : grande impertinence, journalisme d’investigation, scoops.
- Point faible : un contenu rédactionnel inégal. Un site qui semble chercher son second souffle.
Ce petit comparatif est loin d’être exhaustif. Il conviendrait de parler aussi de Slate, du Post.fr, ou encore “La Télé Libre”, entre autres, qui ont leurs particularités propre.
Cependant, on constate que l’avenir des “indépendants du web” conduit vers une diversification des revenus, et un retour vers le papier, les différents médias étant plus complémentaires que concurrents. Le théâtre n’a pas été tué par le cinéma, qui a survécu à la télévision, et ceux-ci n’ont pas non plus tué la presse. Chaque média trouve sa place dans l’orchestre de l’information, et sa musique vient accompagner l’ensemble de son timbre singulier.
Chacun des sites étudiés adopte des stratégies différentes dans son développement, signe d’une diversité qui devrait s’accentuer.
Mais d’une manière ou d’une autre, il faudra bien que les lecteurs de ces plumes indépendantes mettent la main à la poche, s’ils veulent préserver cette qualité d’information nécessaire à notre vie moderne, si complexe à décrypter.
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