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Sarkozy et l’enfumage afghan
 Par Rimbus le 26 janvier 2010

“La France restera en Afghanistan parce qu’il en va de notre sécurité”, a dit Nicolas Sarkozy. “Si les taliban triomphent, et les Français doivent le savoir, alors le Pakistan tombera”.

Petites paroles prononcées au journal de 20 heures par Nicolas Sarkozy.

Les Français doivent le savoir, le président Sarkozy nous enfume. Il agite le spectre de l’arme atomique pakistanaise entre les mains des talibans. Ceux là même qui commandent le port de la burqa (alors que la France va légiférer pour l’interdire sur son territoire). Dans ces conditions, comment ne pas approuver notre présence militaire en Afghanistan ?

Revenons point par point sur cette terrible affirmation présidentielle :

• Les taliban.
 Un terme assez générique dont on ne sait pas au juste qui il recouvre. Le nom « taliban Â» serait attribué aujourd’hui en Afghanistan à tous les insurgés combattant les forces gouvernementales et étrangères, mais il y aurait en réalité deux courants distincts dans le vaste mouvement de résistance.
Le premier est composé de miliciens porteurs d’une conception dogmatique et autoritaire de l’islam, reprenant à leur compte l’idéologie des talibans des années 1990, qui sont eux-même divisés (Mollah Omar versus Hekmatyar par exemple).
Le second courant, de loin le plus dynamique, regroupe une grande diversité d’individus et d’organisations. On y trouve des chefs de guerre, des trafiquants de drogue et de simples individus motivés par une volonté de puissance, des intérêts économiques, une frustration et une désillusion à l’égard de la situation économique, sociale et politique, ou encore par un désir de vengeance contre les forces gouvernementales et étrangères.
(source Contre-info, Conseil de Senlis)

• Le Pakistan
Mais un deuxième aspect est à prendre en compte. Il s’agit de la dimension ethnique du conflit. L’afghanistan est une mosaïque de peuples dont le plus important est le groupe pachtoune, qui représente le groupe fondamentaliste. Le territoire de ce peuple s’étend d’afghanistan (moitié sud) au Pakistan (partie ouest), artificiellement traversé par une frontière négociée en 1893 par Sir Mortimer Durand pour le compte de l’Empire des Indes avec le roi Afghan Abdur Rahman Khan. A cette époque Russes et Britanniques recomposent le pays (ce qu’on appellait le grand jeu).

Aujourd’hui, deux tiers des Pachtounes sont au Pakistan, le tiers restant représentant 60 % de la population afghane. Voilà pourquoi ces deux pays sont liés. Cet été, Joe Klein publiait un article dans Time dans lequel il expliquait que les taliban sont en réalité “l’armée de libération Pachtoune”, Å“uvrant pour un Pachtounistan (en rouge sur la carte), puisque l’accord Mortimer Durand a été signé pour une période de 100 ans et qu’il a expiré.

Le sentiment d’identité Pachtoune semble dominer le sentiment d’identité nationale dans les deux pays. Les Pachtounes Pakistanais n’aiment pas les Punjabi, ni les Pachtounes Afghans les Tadjik.

Comble de l’ironie, c’est les services secrets Pakistanais et américains qui ont soutenus les premiers taliban au Pakistan, dans les années 80, pour faire essaimer ce courant fondamentaliste en Afghanistan et lutter ainsi contre l’athéisme marxiste de l’occupant Russe.

Revenons aux déclarations de Nicolas Sarkozy : “si les talibans triomphent…”
Il est clair que si la rébellion triomphe, les guerres de clans ne cesseront pas, et que nous n’avons pas à faire à un ennemi unifié. Il est probable que cette rébellion va finir par l’emporter, à moins de raser le pays, 9 ans d’occupation militaire n’ont pas réussi à stopper la révolte qui prend de plus en plus d’ampleur
.
“… le Pakistan tombera”. Rien n’est moins sûr. Les Penjabi représentent la majorité de la population Pakistanaise, et la rébellion des Pachtounes pakistanais minoritaires n’est dû qu’à la pression américaine sur le Pakistan, pour qu’il intervienne dans les territoires frontaliers (Waziristan, Bannu, Swat…), en contradiction avec sa politique qui a toujours été de soutenir les taliban. “En raison de la configuration démographique et géographique de la majorité ethnique pachtoune en Afghanistan, il est dans l’intérêt national du Pakistan et dans l’intérêt de sa sécurité nationale de supporter principalement le régime pachtoune taliban” déclarait Pervez Musharraf, alors président du Pakistan, il y a 10 ans.

D’autre part, les militaires pakistanais contrôlent étroitement l’arsenal nucléaire, ce que reconnaissait le président américain en avril 2009 : “Je suis confiant dans le fait que l’arsenal nucléaire du Pakistan est en sécurité”.  
Ce que redoutent les Pakistanais, ce n’est pas une révolution islamiste, qui rendrait les taliban maîtres de l’arme nucléaire, mais plutôt un pourrissement de la situation intérieure, avec des zones grises échappant à l’autorité centrale (L’Express).

C’est donc l’intervention occidentale en Afghanistan qui destabilise le Pakistan, au contraire.

Et c’est bien au Pakistan que se situe le cÅ“ur du problème (ainsi que le reconnaissait Richard Holbrooke au mois de mars). Le risque majeur serait que les terroristes enveniment un peu plus les relations entre l’Inde et le Pakistan (comme ils ont tenté de le faire avec l’attentat de Bombay en novembre 2008), jusqu’à déclencher un conflit ouvert.

Bref, Sarkozy nous a encore raconté des histoires simplistes pour nous affoler et justifier l’engagement français en Afghanistan.

Une désinformation digne des mensonges de W. Bush.

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