Sarkost'zine

Webzine Sarkostique & Flux RSS

Une échelle sans les barreaux, c’est peu pratique (à propos de l’échec scolaire)
Par huyette le 18 janvier 2010

Par Michel Huyette


  Mois après mois cela se confirme. La politique ce n'est plus faire, c'est faire croire, c'est faire semblant. En voici une nouvelle illustration.


  Depuis quelques semaines un débat agite le monde des hautes écoles, à propos de l'éventuelle instauration, à l'entrée, d'un quota  minimal d'étudiants boursiers en provenance de milieux "défavorisés". On applaudit d'un côté, on tousse de l'autre, mais il ne s'agit là que de la surface des choses.

  Comme le rappelle utilement le directeur de l'une de ces écoles dans Le Monde paru aujourd'hui (18.01.2010), le clivage entre les élèves qui réussissent plutôt aisément et ceux qui restent au bord de la route apparaît beaucoup plus tôt, dès les premières années de scolarité. Il souligne que :

  - "au début du CP, l'avantage des enfants de milieux favorisés est particulièrement net pour la pré-lecture, la reconnaissance des lettres, la maîtrise des concepts liés au temps"

  - "Il existe une corrélation très forte entre les résultats à l'évaluation en 6e et les résultats à l'évaluation en CE2, avec un avantage marqué aux enfants des catégories professionnelles intellectuelles et supérieures"

  - "Près de 80 % des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) étaient dans le quart supérieur à l'évaluation en 6e ; les jeux semblant ainsi quasiment faits dès l'entrée au collège. Cette proportion va peut-être évoluer avec le quota désormais atteint de 30 % de boursiers dans les CPGE".

  Et il ajoute assez logiquement que "les grandes écoles (et les formations universitaires de master), en bout de chaîne, puisant dans les viviers qui leur sont préparés en amont, c'est vers l'amont qu'il faut porter le regard pour essayer d'expliquer (en grande partie) cet élitisme du haut enseignement supérieur" (..) Ce qui est posé a priori comme un problème à résoudre par ou après les classes préparatoires devient un problème posé dès le cours préparatoire".


  Tout le monde le sait, et depuis la nuit des temps, tellement d'études et rapports en tous genres  ont été publiés sur la question. Oui, l'échec scolaire est souvent précoce, et il est beaucoup plus important chez les enfants issus de milieux modestes ou défavorisés que pour les enfants de cadres et qui vivent dans un environnement aisé.

  Il est donc inutile de s'apesantir une fois de plus sur les données d'une problématique parfaitement connue.

  Par contre, je voudrais m'arrêter sur trois aspects moins debattus.


  * La première question qui se pose est : Pourquoi cette différence selon l'origine sociale des élèves ? Faisons simple.

  Les enfants des milieux défavorisés, de même que leurs parents, sont-ils génétiquement différents des membres des familles aisées ? Le support scientifique d'une réponse affirmative pourrait sembler un peu faible.

  Mais si tel n'est pas le cas, cela signifie qu'il faut chercher ailleurs les origines des retards d'apprentissage, et,  forcément, dans des phénomènes sur lesquels il est par hypothèse possible d'avoir une influence favorable si les individus ne sont pas inéluctablement programmés  dès la naissance pour échouer (1).

  Il est habituellement mentionné, entre autres raisons, les faibles ressources financières, la taille des logements et notamment la présence de plusieurs enfants dans la même chambre, l'absence des parents aux heures des devoirs et l'absence de tiers pour les substituer, un moindre accès à la culture, un environnement géographique et social peu encourageant..


  * S'il existe des phénomènes qui rendent plus difficiles les apprentissages, la deuxième question concerne les moyens d'y remédier.

  Quand un élève se manifeste par d'importantes difficultés d'apprentissage, il est a priori toujours possible de lui apporter un soutien personnalisé, de grande ampleur si nécessaire. C'est uniquement une question de volonté politique et d'orientation des moyens financiers. J'avais déjà indiqué qu'il serait aisément possible, par exemple, de proposer aux dizaines de milliers d'étudiants, moyennant une petite indemnité, de donner des cours de soutien à domicile aux enfants en ayant le plus besoin, et ceci dès les plus petites classes. On a vu également dans un reportage télévisé récent combien le soutien de retraités peut apporter aux enfants en difficulté une aide scolaire efficace dans un environnement particulièrement affectueux.


  * Nous arrivons enfin à la troisième question, la plus redoutable de toutes : Si l'échec scolaire n'est pas inéluctable, et s'il est possible de concevoir des réponse adaptées et efficaces, pourquoi rien de véritablement utile n'est-il fait depuis des décennies malgré les discours politiques successifs ? Les réponses sont sans doute multiples.

  D'abord, est-il bien certain que chacun d'entre nous ressente une réelle envie qu'une aide, forcément coûteuse, soit apportée aux enfants et plus largement aux familles "des banlieues", alors que ces banlieues  à la réputation parfois sulfureuse sont remplies de gens par forcément très français,  parfois adeptes d'une religion de terroristes, qui sont plus ou moins des délinquants potentiels, et qui en plus, outrage suprême comme vient de le souligner une ministre, osent mettre leur casquette à l'envers ? Bref, se sent-on spontanément solidaire avec toutes ces crapules réelles ou potentielles ?

  Ensuite, soutenir tous les enfants en grande difficulté scolaire pour les amener à un haut niveau d'études pourrait nous poser de redoutables problèmes à moyen ou long terme. Car quand même, quand tous les enfants des banlieues seront aussi intelligents que les nôtres, qui nettoirera nos rues et nos bureaux, qui creusera les tranchées et manipulera le marteau-piqueur, qui portera les palettes dans nos entrepôts, qui videra nos poubelles, qui vissera toute la journée des pneus sur nos voitures etc....

  Et puis quand même, si le niveau général d'études monte sensiblement, à richesse égale on risque de nous demander de partager un peu de nos salaires. Mon dieu, quelle horreur.


  Alors finalement le gouvernement a peut-être raison. Le plus raisonnable est sans doute de constater le problème, de prétendre haut et fort que c'est vraiment pas juste, de promettre la main sur le coeur que l'on s'en occupe, histoire de se déculpabiliser, mais ensuite de ne rien faire qui puisse modifier  fondamentalement les bases d'une société définitivement inégalitaire qui au fond nous arrange bien.

  On s'indigne en façade, on promet un autre monde comme tous ceux d'avant l'ont promis, et avec des mots on met en place des échelles sociales.

  Mais on est plus malin qu"eux" qui la regardent avec avidité cette échelle.

  Car tout en leur faisant miroiter la possibilité d'y grimper pour voir d'en haut, on a "oublié" d'y mettre les barreaux.


  Et le tour est joué.




-----

1. Même s'il est vrai qu'il existe en chaque individu et dès le plus jeune âge des potentialités variables en matière d'apprentissage, tout comme certains montrent très tôt des talents très marqués en dessin ou en musique sans que l'on sache expliquer d'où provient cette aptitude précoce.





Aucun commentaire sur “Une échelle sans les barreaux, c’est peu pratique (à propos de l’échec scolaire)”

Laisser un commentaire


Article Précédent

Nicolas Sarkozy s’est envolé pour Mayotte, où il passera deux jours de visite officielle lundi et mardi, pour ses “voeux à l’Outre-Mer”. Claude Guéant, son secrétaire général, a rapidement occupé le terrain.

Guéant, maître à bord
La semaine dernière, le fidèle second de Nicolas Sarkozy publiait une tribune de soutien à … son mentor. Dans les colonnes [...]

 
Article Suivant

C’est probablement vrai, puisque c’est une sorte d’observatoire qui le dit. Une société, ou chais pas quoi qui sert le grand capital en cherchant à diminuer les arrêts maladies dans les entreprises…Ce truc, donc, FirstCare, donne le conseil suivant aux boîtes qui payent sans doute très cher ces idées-là, qu’on aurait pas eu, sinon [...]



Accès rapide aux catégories
Auteur
Huyette
122 articles postés
Visiter son site web
Voir l'article original
Publicité
Newsletter
Restez informé.
Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter.

Chargement Chargement
eBuzz